OUVRAGE

LA NOTION DE RESILIENCE AVEC BORIS CYRULNIK

Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre, et également un auteur prolifique, dont le thème de prédilection est la résilience.

Un sujet qu’il a abordé au sein de plusieurs de ses ouvrages notamment :

  • Résilience et personnes âgées;
  • Un merveilleux malheur;
  • Le murmure des fantômes.  

Mais aujourd’hui, c’est à travers Les vilains petits canards dont voici le résumé, que nous aborderons ce concept.

 

– LE RÉSUMÉ –

On constate qu’un certain nombre d’enfants traumatisés résistent aux épreuves, et parfois même les utilisent pour devenir encore plus humains. Ou puisent-ils leurs ressources ? Par quel mystère parviennent-ils à métamorphoser leur meurtrissure en force ? Comment réapprennent-ils à vivre après une épreuve ? Maria Callas, Barbara, Georges Brassens… Ces cas de résilience sont célèbres. Boris Cyrulnik décrit ici ce que pourrait être chacun d’entre nous. Cette nouvelle attitude face aux épreuves de l’existence nous invite à considérer le traumatisme comme un défi.

 » Un livre optimiste qui prouve que, pourvu que des mécanismes de défense se mettent en place et que des mains se tendent, aucune blessure n’est irréversible. » Elle. 

Boris Cyrulnik est aussi l’auteur des Nourritures affectives, de L’Ensorcellement du monde, d’Un merveilleux malheur et du Murmure des fantômes. 

 

– L’ANALYSE –

La résilience est un terme fréquemment entendu dans le domaine du social. Souvent, il nous vient à l’esprit lorsque nous prenons connaissance des histoires de vie d’enfants ayant vécus des carences affectives ainsi que de la maltraitance physique et qui malgré ces traumas, ont trouvé leur chemin de vie et se sont épanouis. Nous sommes alors sans nul doute admiratifs de ces parcours, au sujet desquels nous nous sommes souvent demandés : « Mais comment arrive t-on à se relever d’un évènement aussi tragique ». Dans son ouvrage, Boris Cyrulnik nous donne donc les clés pour comprendre les conséquences que le trauma engendre sur la psyché, les mécanismes de défense développés pour survivre, ainsi que les moyens à mettre en place pour accompagner une personne à traverser un trauma.

Le développement de l’enfant et ses capacités d’adaptation

1. L’impact de l’héritage socio-culturel

La résilience est un processus de reconstruction qui survient après avoir vécu un traumatisme. Elle est le fruit d’un travail qui s’étend tout au long de l’existence. La capacité de résilience diffère d’un sujet à un autre, puisqu’elle trouve son origine dans les premiers instants de vie du nouveau né et même bien avant, lors de son développement intra-utérin. En effet, tout au long de la grossesse, le couple parental prépare l’arrivée de leur enfant. Ils créent un monde sensoriel dans lequel il baigne, ponctué par leur récit intime respectif. Ainsi, un parent qui se projette en imaginant répondre aux pleurs de son enfant par l’apaisement, tend vers la création d’un environnement sécure, puisque son discours engendrera une action cohérente. De même qu’un parent qui entretient un rapport constructif et apaisé avec son histoire personnelle passée, appréhendera plus sereinement sa parentalité.

Après la naissance, le nouveau né est soumis à l’interprétation de ses actions par son entourage et qui plus est, par ses figures d’attachement. Des pleurs incessants peuvent être très mal vécus par les parents qui vont manifester de l’agacement, ou un stress important et se dire : « mon enfant me persécute, ça n’en finira donc jamais ! » Quand d’autres auront les ressources nécessaires pour détourner l’attention de l’enfant avec des jeux et des mimiques exagérées qui provoqueront le rire et l’amusement. Les paroles prononcées par le ou les figures d’attachement envers l’enfant, conditionnent la manière dont ils vont agir avec lui et par la même, impactent son développement et façonnent son tempérament. Le milieu socio-culturel au sein duquel l’enfant aura à s’épanouir est également déterminant. Aux alentours des dix huit mois de l’enfant, on peut observer son tempérament et déterminer de quelle manière son environnement familial lui a permis de s’épanouir.

On distingue trois types d’attachements : sécure, évitent, ambivalent, corrélés aux rapports que le parent entretient avec son enfant. Ainsi, un enfant qui « n’hésite pas à s’éloigner de sa mère pour explorer son petit monde et revenir vers elle partager l’enthousiasme de ses découvertes, a acquis un attachement sécure.

Le comportement des figures d’attachement de l’enfant et les moyens qu’ils mettent à sa disposition pour favoriser son épanouissement, impactent sa capacité à poursuivre son développement après un traumatisme.

 

2. Métamorphoser l’horreur

Le traumatisme laisse une trace sensorielle dans le psychisme, qui est alors perçu  comme un corps étranger que l’on ne peut déloger. Par sa présence constante, il rappelle l’événement douloureux. Le corps et la psyché sont comme pris en otage. L’enfant va alors mettre en place un mécanisme de défense pour survivre.  Il va se réapproprier le trauma, pour se constituer acteur de son existence. La citation ci-dessous en est d’ailleurs, un parfait exemple.

Quand Tinho Banda, sept ans, vit que les rebelles de Renamo revenaient dans son village, il n’a pas eu trop peur. Pourtant la veille, ils avaient tué à coup de hache sa mère et le bébé qu’elle portait dans son dos. Il se cacha tranquillement sous un meuble, tira devant lui un coussin, et s’appliqua patiemment à ne pas bouger et respirer à peine. Après le départ des tueurs, l’enfant s’est rendu à pied près de Petauke, dans un campement à l’est de la Zambie. Il raconta simplement comment il avait échappé au massacre et deux fois de suite entendit un adulte expliquer : « heureusement qu’il n’a pas éternué, il aurait été massacré. » Cette phrase, prononcée au-dessus de lui, entre adultes, signifiait dans l’esprit du petit garçon que sa vie ou sa mort dépendait d’un comportement qui aurait pu lui échapper. Cette passivité lui déplaisait sans qu’il sache pourquoi. Quand il se remémorait la scène ou il était caché et l’associait à la phrase des adultes, il éprouvait une sorte d’irritation. Ce qui l’angoissait, c’était la phrase qui indiquait un destin de soumis : « Une force peut s’imposer à moi et me contraindre à exprimer quelque chose qui me condamnera ! Le simple fait d’envisager son avenir avec cette menace tapie au fond de lui le tracassait beaucoup. Un jour ou il s’ennuyait au camps, ce qui était fréquent, il prit une herbe sèche et l’introduisit dans le nez pour se faire éternuer. Les adultes avaient raison : le fait de ne pas etre maitre de son corps pouvait menacer sa vie. Alors il s’entraina. Après quelques tentatives, il parvenait à se mettre des herbes dans le nez, saigner un peu, pleurer beaucoup, mais ne pas éternuer du tout. Les adultes pensaient que le gamins était dérangé, mais lui pardonnaient après ce qu’il avait vécu. Quant à Tinho, cette saynète cent fois répétées lui permettait de se signifier : Je suis plus fort que les agressions que je m’inflige dans le nez. Je suis maitre de mon corps. Il suffit que je m’entraine à résister à la douleur et au besoin d’éternuer. Je sais ce qu’il faut faire pour ne plus avoir peur. Je peux penser à mon avenir. Je décide que le bonheur est possible.  P.163

L’enfant blessé se tient donc devant l’impérieuse nécessité de se positionner face à l’évènement vécu pour poursuivre la construction de son identité. En d’autres termes, la représentation que l’on a de soi lorsque l’on se remémore l’évènement douloureux, influe sur notre capacité de résilience. Ce travail de dialogue interne nécessaire à la survie de l’enfant pour se personnaliser après avoir vécu l’indicible, se doit d’être socialisé au risque d’impacter sa santé mentale.

 

La personne blessée et son rapport au monde

1. La parole comme outils de guérison

Quand Mireille, alors étudiante en médecine, a senti que son affaire avec Paul prenait un tour sérieux, elle a pensé qu’il faudrait bien lui dire ce qui s’était passé avec son père. « Tu as certainement fantasmé », lui a répondu le jeune homme qu’elle aimait tellement. Que faire ? En se fâchant, en cherchant à convaincre Paul, elle aurait fait remonter à sa mémoire des détails terribles qui l’auraient torturée, une fois de plus. Et puis, pourquoi faire l’effort de convaincre l’homme dont justement elle espérait le soutien total ? – P.192

La citation ci-dessus témoigne de l’impossibilité de Mireille de trouver en son compagnon, une personne empathique capable d’accueillir une bride de son histoire aussi difficile soit-elle à entendre. Lorsqu’il lui répond : « Tu as certainement fantasmé », il remet en cause la parole de Mireille, questionne la véracité de ses propos et il met un terme à la conversation en niant son besoin de partage d’expérience. Tout laisse à penser que Paul se protège, de peur d’être heurté par le vécu de Mireille. Il lui impose de garder sous silence cette épreuve. Mireille ne pourra jamais se sentir totalement acceptée par son compagnon et est en proie à une émotion clivée. Capable de gaieté durant la journée en compagnie de Paul, et d’angoisse une fois la nuit tombée. Si Paul avait pris en considération la parole de Mireille, elle se serait alors sentie apaisée.

Quand le processus de résilience ne peut se mettre en place par la verbalisation de l’agression à un tiers, le blessé reste prisonnier de l’évènement passé, en le ressassant. Ce qui donne à la blessure son caractère traumatique. Nous voyons donc à travers l’exemple de Mireille, la nécessité de rencontrer sur son chemin de vie ce que Boris Cyrulnik nomme : un tuteur de résilience. Le tuteur de résilience peut être un membre de la famille, du corps enseignant, ou un ami, qui va soutenir et aider la personne blessée, à poursuivre son développement après l’agression. 

 

2. La puissance du moi créateur 

Au regard de notre société capitaliste nous sommes bien souvent enclin à nous poser en tant que spectateurs plutôt que créateurs, on recherche avant tout le divertissement, à travers la consommation de loisirs. De fait, la réponse à nos maux se borne bien souvent à détourner le regard, à nier une problématique, l’espace de quelques instants, le temps d’un film, ou d’une pièce de théâtre. On oublie la puissance du moi créateur qui relève de notre capacité à entreprendre, à construire, à imaginer. Le dessin, la sculpture et toutes les autres formes d’art sont autant de canaux que nous propose la culture, pour sublimer nos meurtrissures et les transcender, comme l’explique si bien l’auteur à travers la citation ci-dessous.

C’est la mémoire du trauma, sa représentation qui devient moins douloureuse quand le théâtre, le dessin, l’art, le roman, l’essai et l’humour travaillent à construire un nouveau sentiment de soi. Je ne les embête pas avec mon fracas, je ne les pétrifie pas avec mon horreur, au contraire, je les amuse et je les intéresse, ce qui me revalorise puisque je deviens celui qui égaye et qui intrigue. Mais je sais bien au fond de moi que ce qui m’est arrivé n’est pas rien. En vous faisant sourire, j’agis sur ma souffrance et je transforme mon destin en histoire. Voila. Ca m’est arrivé. J’ai été blessé. Mais je ne veux pas faire ma vie avec ca, me soumettre à mon passé. En en faisant une représentation belle, intéressante et gaie, c’est moi qui maintenant gouverne l’effet que je vous fais. En modifiant l’image que vous avez de moi, je modifie le sentiment que j’éprouve de moi. – P.213

– LES POINTS POSITIFS DE MA LECTURE  –

J’ai été agréablement surprise d’appréhender la notion de résilience dans des contextes si différents telle que la guerre, les agressions sexuelles et physiques, la violence psychologique. Les esprits des théoriciens et essayistes couplés aux analyses de Boris Cyrulnik le tout condensé en 220 pages, en font un ouvrage complet.

– LES POINTS À AMÉLIORER –

Si cet ouvrage est intelligible, il n’en demeure pas moins que l’on y perd parfois son latin, tant le style d’écriture de Boris Cyrulnik est faussement alambiqué.

– LA CITATION QUI M’A INTERPELLÉE  –

Les plus grands agresseurs d’enfants, aujourd’hui sur la planète, sont les États quand ils font la guerre ou provoquent des effondrements économiques ou sociaux. Les agressions familiales physiques, morales ou sexuelles viennent ensuite, bien avant les agressions dues à la malchance. Les chiffres de l’agression sont obscènes. Dire qu’il y a trente millions d’orphelins en Inde dont douze millions en situation d’extrême misère, cinq millions d’enfants handicapés et douze millions de sans abri provoque un certain engourdissement intellectuel, comme si l’énormité des nombres entrainait une impossibilité de représentation, comme si la distance du crime inhibait l’empathie : « C’est trop loin de chez nous, on ne peut pas prendre en charge tous les malheurs du monde. » En fait « ces grands événements planétaires hypothèquent, pour la vie, le développement de centaines de millions d’enfants actuellement, et le poids de ce fléau est suffisamment lourd pour ralentir le développement social et économique de nombreuses nations. – P.166

 

Si l’ouvrage de Boris Cyrulnik te fait de l’oeil, n’hésite pas à cliquer ci-dessous pour te le procurer.

 

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